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Robert Faurisson est mort

Le négationniste Robert Faurisson est mort il y a peu.

Pour m’être intéressé au personnage suite à la lecture d’un entretien avec Noam Chomsky, qui s’était retrouvé mêlé à l’une des nombreuses “affaires Faurisson” qui ont fait la carrière de ce dernier, je m’étais moi-même retrouvé cité (nommément) sur quelques sites Web négationnistes. J’en avais parlé avec quelque détail sur un blog désormais disparu1, en 2005, et ne ressens pas vraiment la nécessité d’en reparler, mais suis quand même allé vérifier ce qu’il en restait, et il en reste encore des traces par-ci par-là.

Baptiste Roger-Lacan, via deux fils sur Twitter (archivés dans un format plus lisible ici et ), a très bien résumé le parcours de Robert Faurisson, jusque dans la période récente : ce billet me sert surtout à signaler cet excellent compte-rendu biographique. Un article devrait suivre dans Le grand continent, la très bonne revue en ligne du Groupe d’études géopolitiques (GEG) de l’École Normale Supérieure, et je suppose que Fragments sur les Temps Présents en parlera aussi.

  1. Sur mon blog personnel, dont je sabordais les archives tous les cinq-six ans, jusqu’à passer sur Tumblr. []

Nouveaux manuels de science politique, 2018

Cette rentrée, on croule sous les nouveaux manuels :

Manuels auxquels il faut rajouter, par exemple, le Roux et Savarese paru chez Bruylant, maison d’édition qui publie aussi des traités de science politique — Mayer et Deloye, Analyses électorales ; Thiers et Rozenberg, Traité d’études parlementaires.

Je compare toujours ces sorties aux manuels que j’ai eus lorsque j’étais étudiant, et que j’ai souvent réutilisés dans mes plans de cours. Il y a du mieux sur tous les fronts : les traités et manuels d’il y a quinze ans (Leca et Grawitz, Braud, Lagroye) étaient moins digestes2.

Mention spéciale, de ce point de vue, au Dormagen et Mouchard paru chez De Boeck, qui réorganise presque toutes les sources dont on a besoin, il me semble, en “cours d’intro.” au premier semestre de la Licence 13.

Disclosure — j’ai reçu le manuel de Crettiez, de Maillard et Hassenteufel de la part de l’éditeur, et reçois les emails de nouveautés de De Boeck depuis que je les ai rencontrés sur un stand au Congrès de l’AFSP de Montpellier. J’ai acheté les autres titres cités, ou les ai au moins feuilletés en librairie.

  1. Paru l’an dernier, mais je n’ai jeté un coup d’oeil que cette année. []
  2. Pour l’analyse des politiques publiques, je suis plus réservé : les manuels des vingt dernières années sont tous digestes, mais je ne vois pas trop la différence, sur le fond, entre les manuels des années 2010 et ceux des années 2000. []
  3. J’ai l’impression que c’est avec ce manuel – et celui sur les gender studies – que la collection De Boeck a décollé. Au passage, je n’ai pas le souvenir d’avoir lu le moindre ouvrage paru chez De Boeck lors de mes propres études. []

Trump, suivi de prédiction

Ma prédiction concernant Donald Trump (dont je parle moins, parce que c’est lassant et triste) arrive bientôt à son terme, et malgré les tueries comme celle de Pittsburgh ou les meurtres “à l’aveugle” comme celui de Charlottesville, Trump reste au pouvoir sans avoir encore déclenché d’assassinat ciblé.

En revanche, ma prédiction est à nouveau partiellement validée par les (vrais) explosifs expédiés aux adversaires les plus vocaux de Trump par un militant complètement fasciné par le président. Heureusement, aucun des explosifs ne semble avoir fait de victime, et j’espère évidemment qu’il en sera de même pour les suivants, s’il y en a.

Sur la récente tuerie de Pittsburgh, je me permets, au passage, de vous renvoyer à cette excellente analyse de Rudy Reichstadt, dont les points 1 (“les mots tuent”) et 4 (“Trump est débordé sur sa droite”) sont particulièrement pertinents ici.

L’économie morale de Trump, et par extension de ses soutiens dans la droite américaine, est une abysse glaciale dont les morts de Pittsburgh  jalonnent deux des parois : celle de la libre circulation des armes à feux, et celle de la “libre expression” des haines les plus violentes au nom de la compétition (partisane) des discours (d’incitation au meurtre des “ennemis intérieurs”), des “idées” (complotistes) et des “valeurs” (antisémites).

La Central European University en partance pour Vienne

J’avais évoqué, il y a un an et demi, la campagne de persécution menée par Viktor Orbán contre la Central European University (CEU) — campagne qui a pris plusieurs virages, dont celui consistant à ne plus financer les programmes de Gender Studies (à la CEU et à l’ELTE), mais qui a surtout consisté, dans le cas précis de la CEU, à menacer de lui retirer l’accréditation qui lui permet de diplômer ses étudiants.

Aujourd’hui, alors qu’approche la date-limite des négociations sur l’accréditation (date qui semble fixée au 1er décembre), on en est là :

La situation actuelle est un coup direct porté à la liberté universitaire, car c’est bien à ce genre de manœuvres que l’on établit une autocratie, sur fond d’antisémitisme totalement assumé, et avec le soutien de ces conservateurs, américains ou européens, qui apprécient les “hommes forts” d’Europe de l’Est, en plus de partager leurs pires travers conspirationnistes.

Et évidemment, comme précédemment, les eurodéputés français du groupe PPE/EPPont refusé de sanctionner collectivement le gouvernement Orbán — le même qui menace d’emprisonnement les ONG venant en aide aux migrants, au point que l’ONU décommande d’y appliquer les règles de répartition des migrants fixées au niveau européen.

On notera, pour terminer ce non-billet car je ne trouve pas de mots, que Vienne ne s’est pas non plus vraiment distinguée dans le domaine de l’accueil des migrants. La Vienne qu’avaient fui les philosophes du Cercle de Vienne ne semble finalement pas si loin, et je suis trop déprimé pour examiner la situation analogue en Roumanie.

À ce stade, ce n’est plus du democratic backsliding, c’est du bobsleigh autoritaire, et la piste ne présente presque aucun obstacle sérieux.

Mise à jour, 6 décembre : la date-limite est passée, et tout ce qui est décrit ci-dessus, y compris la dérobade morale et politique des conservateurs européens réunis dans le groupe parlementaire PPE/EPP, semble bien en cours de réalisation. Honte sur eux.

Régressions à la radio

C’est soit un signe des temps, soit une inclination personnelle, soit les deux, qui m’a / m’ont amené, cet été, à relever la mention, dans deux émissions de radio consécutives, des modèles statistiques dits “de régression” :

  • Par Jean-Louis Fabiani, dans l’émission La suite dans les idées de France Culture, où il cite les résultats d’un papier sur le vote nationaliste en Corse1 ; et
  • Par Alexis Spire, dans l’épisode suivant de la même émission, où il parle des ses propres travaux (sur le consentement à l’impôt) en citant les résultats “toutes choses égales par ailleurs” d’une régression logistique.

Ni l’animateur de l’émission, ex-universitaire, ni les invités, universitaires tous les deux, n’ont expliqué à l’antenne ce que sont ces modèles, supposant ainsi une forme de familiarité de l’auditeur avec cette technique d’obtention de résultats quantifiés. À d’autres moments des mêmes émissions, la même familiarité supposée permet aux intervenants de citer, par exemple, la méthode ethnographique.

Je doute que l’auditeur standard de France Culture connaisse grand chose aux modèles de régression, même si l’expression “toutes choses égales par ailleurs” sert d’introduction intuitive à la logique de ces modèles2. Qu’importe, je trouve intéressant que l’on suppose, de plus en plus souvent et au moins pour les publics avertis, une connaissance au moins minimale des techniques de modélisation statistique.

Prochaine étape : expliquer ce que signifie “apprentissage machine”… Le résultat risque d’être intéressant, vu que dans une immense majorité des cas, l’expression signifie “plus d’incertitude pour plus de résultats”.

  1. Fichier PDF. Le papier n’est pas cité précisément : je suppose que c’est le bon, mais n’en suis pas sûr. []
  2. L’expression a été critiquée, dans la mesure où elle semble impliquer qu’un modèle de régression produit des scénarios absurdes de type “chameau au Pôle Nord” ; il me semble que la critique vient de Jean-Claude Passeron et Jacques Revel (reprenant, ou répondant à, François Simiand), mais vu la faiblesse de la critique, il vaut mieux que la source précise reste inconnue. []