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Statistiques partout

  • Le blog des “Déchiffreurs de l’éducation”.

    Cela s’est fait pour la macroéconomie à d’autres occasions. Ces collectifs épistémiques, où le chiffre doit apporter la démonstration des arguments, ont une petite histoire à écrire.

  • Statactivisme ! Si j’étais jeune et plein d’entrain, je dirais “+1” ou “RT”, mais comme je préfère le café old school, je préfère cautionner à donf++.

    Plus sérieusement, si votre thème de recherche tourne autour des processus de quantification d’une manière ou d’une autre, cette conférence promet d’être en plein dans le vif du sujet.

  • La fabrique de la loi : ouvrir et analyser les données parlementaires, un superbe projet par un ami et des collègues.

    Note : signalez-vous si vous avez du code à revendre pour extraire les débats parlementaires ! J’aimerais faire le tour de ce qui se fait à partir du scraping des législatures, avant de travailler sur les débats DADVSI 2005-2006 et HADOPI 2008-2009.

Les jeunes et le vote FN, dans Libé

(Disclaimer : billet initialement publié sur mon blog.)

J’ai été interviewé il y a quelques temps par une journaliste de Libé à propos du vote des jeunes en faveur du FN. Mes propos ont été (partiellement) repris dans un papier (version en ligne réservée aux abonnés) publié dans le Libé d’hier, que je me permets de reproduire ci-dessous.

Les propos qui sont reproduits sont fidèles à ce que j’ai dit, mais malheureusement incomplets. J’avais en effet commencé par émettre quelques réserves méthodologiques. Celles-ci me semblent essentielles : en effet, sans a priori porter de jugement définitif sur le sondage comme outil de connaissance, on peut sans doute s’accorder sur le fait que les jeunes font partie des cibles les plus difficiles à appréhender au moyen de cet outil, pour des raisons principalement pratiques (faible taux d’équipement en téléphone fixe, etc.). En l’occurrence, le sondage de l’IFOP cité par Libé porte non pas sur “les jeunes” mais sur les primo-votants – ceux qui voteront pour la première fois en 2012. Malheureusement, le journal n’en rapporte les caractéristiques techniques que de manière partielle : l’échantillon est assez petit (805 répondants), mais surtout il a été administré sur le web (CAWI). Or, si l’utilisation de cette méthode fait l’objet d’importantes controverses chez les chercheurs, on sait qu’elle a tendance à surreprésenter ceux qui ont les opinions les plus affirmées, les plus extrêmes. Comme d’habitude, on ne sait pas exactement comment a été constitué l’échantillon – plus il est spontané, et plus ce biais est important. Il convient donc de prendre les chiffres fournis avec précaution.

Autre élément conduisant à relativiser les résultats de l’enquête : le degré de certitude des choix. D’une part, l’indice de participation à la présidentielle des enquêtés (dont on ne sait pas bien comment il est calculé, au passage) ne s’établit qu’à 70, contre 90 pour l’ensemble des Français. D’autre part, 59 % des enquêtés déclarent qu’ils peuvent encore changer d’avis. Les jeux sont loin d’être faits…

Pour ma part, et au-delà de l’aspect “course de petits chevaux”; je soulignerais deux enseignements intéressants de cette étude :

  • Le poids de la télévision comme moyen d’information sur la campagne. On aurait pu s’attendre à ce que, dans la tranche d’âge 18-22 ans, le poids des “nouveaux médias” soit important, d’autant plus lorsqu’on les interroge sur le web… eh bien, pas du tout. 81 % d’entre eux déclarent s’informer par la télévision (dont 55 % en premier choix), contre 36 % seulement pour les sites Internet d’information (et 12 % en premier choix). On peut certes y ajouter les sites et blogs des candidats (12 %, 3 % en premier choix), Facebook (11 et 3 %) ou twitter (6 et 2 %), ça ne fait toujours pas le poids. Voilà qui confirme ce qu’écrivait il y a quelques jours Vincent Glad à ce propos.
  • Les thèmes qui préoccupent ces jeunes enquêtés sont surtout l’emploi et la formation, le pouvoir d’achat, l’éducation et le logement. Avis aux candidats…

Un sondage réalisé par l’Ifop montre que près d’un quart des «primo-votants» choisiraient Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle.

Par PASCALE NIVELLE
Près d’un jeune sur quatre voterait Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle, selon un sondage parmi les «primo-votants», qui n’ont jamais mis un bulletin dans une urne (1). Ceux qui iront voter, un peu plus de la moitié, et parmi eux ceux qui sont certains de leur choix, mettent Marine Le Pen après François Hollande. Mais un peu avant Nicolas Sarkozy.

«Les jeunes ne sont pas passionnés par la campagne et ne se retrouvent pas du tout dans le clivage droite-gauche», avance Mikael Garnier-Lavalley, représentant de l’Association des conseils d’enfants et de jeunes, qui a commandé le sondage. «Ceux qui votent à droite, notamment, semblent se poser des questions sur le président sortant.» Au second tour, la jeunesse met ses pas dans ceux des plus anciens, avec François Hollande devant Nicolas Sarkozy. Au premier, elle exprime son rejet du «système», sourde aux injonctions de «vote utile».

«Porte-voix».«C’est un vote protestataire, surtout chez les moins diplômés, qui se sentent invisibles, explique Anne Muxel, directrice de recherches au Cevipof. N’oublions pas que plus d’un tiers de la tranche 18-24 ans n’a pas le bac. Déjà au travail ou déjà au chômage, ces jeunes sont en première ligne de la fracture sociale et culturelle, ils se sentent exclus. Marine Le Pen est leur porte-voix, pour des raisons assez peu idéologiques.» Pour la sociologue, auteure d’Avoir 20 ans en politique (2), «les jeunes peu éduqués trouvent chez Marine Le Pen un écho à leurs inquiétudes : l’emploi, le logement ou le pouvoir d’achat. Ces sujets ne préoccupent pas les étudiants, qui votent plutôt Sarkozy, quand ils sont à droite».

Depuis les événements de Toulouse, la donne pourrait être modifiée : «Pour la première fois depuis longtemps, la question de l’insécurité et de la délinquance n’était pas au centre de la campagne, note Mikael Garnier-Lavalley. On peut supposer que l’on va y retomber, sans savoir encore qui de Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen en sortira favorisé chez les primo-votants.»«Avec l’arrivée du terrorisme dans la campagne», Frédéric Dabi, de l’Ifop, s’attend lui aussi à de nouvelles tendances : «Les thématiques sécuritaires peuvent très vite revenir et infléchir le vote.»

Joël Gombin, auteur d’une thèse sur le vote FN en région Paca pour l’université de Picardie, situe lui aussi les jeunes attirés par le bulletin frontiste dans les classes populaires : «Leur vote manifeste une certaine défiance, mais il n’est pas motivé idéologiquement, on n’est pas face au noyau dur de l’électorat du FN.» Et donne des raisons historiques : «Dans les années 80, en raison des syndicats, la socialisation politique se faisait dans les entreprises et le monde ouvrier était attaché à la gauche. La nouvelle génération arrive dans le monde professionnel à une époque marquée par la déstructuration, ce qui explique la tentation FN. Ce n’est pas un vote d’adhésion, qui suppose une connaissance précise des programmes, mais plutôt une absence de culture politique et un signal destiné au personnel politique.»

Les jeunes représentent un atout important pour le FN, «parti attrape-tout par excellence», explique Joël Gombin, et qui fait un gros travail de terrain auprès de cette tranche d’âge. En votant pour le Front, cependant, les 18-22 ans «expriment une grande désillusion par rapport au monde politique», sans intention d’amener au pouvoir un candidat qui changera le monde.

«Enraciné». Ils n’ont pas la même vision du parti de Marine Le Pen que leurs parents : «Pour les générations plus anciennes, analyse l’universitaire. le FN reste une formation récente, avec un statut à part. Leurs enfants l’ont toujours connu, c’est à leurs yeux un parti enraciné dans le paysage, un acteur important de la politique au même titre que les autres. Ils ont construit leurs représentations politiques dans un contexte très différent, cela lève des obstacles au vote pour le FN.»

Sylvain Crépon, sociologue à l’université Paris-Ouest-Nanterre et auteur d’une Enquête au cœur du Nouveau Front national (3), constate pour sa part «un effet Marine Le Pen chez les jeunes». Par sa personnalité, son langage et son style de vie, elle aurait marqué une rupture avec son père, homme de l’OAS et de la Seconde Guerre mondiale : «L’identification avec cette femme divorcée deux fois, mère d’une famille recomposée, en union libre, est assez extraordinaire. Il y a un côté transgressif dans sa personnalité et son discours, qui en fait la chef d’un parti rebelle, antisystème.» Le sociologue, qui a longuement enquêté sur le terrain, a rencontré beaucoup de jeunes séduits par «son discours simple et compréhensible». Il a aussi fait le constat que «moins on est éduqué, plus on adhère aux idées du Front national».

(1) Réalisé par l’Ifop, du 22 au 28 février, auprès de 805 personnes.

(2) Le Seuil, 2010

(3) Nouveau Monde éditions.

Richard Descoings

Une triste nouvelle comme on en reçoit de temps à autre dans nos boîtes email universitaires :

A la communauté enseignante et étudiante de Sciences Po :

J’ai la profonde tristesse de vous annoncer que Richard DESCOINGS est mort hier, mardi 3 avril 2012, à New York.

Richard Descoings avait confié au magazine Rue Saint-Guillaume son étonnement suite à son “opération lycées” qui avait fait voler en éclats le bouclier symbolique du concours de grande école. L’histoire de l’enseignement supérieur en France se souviendra certainement de lui au moins pour cette excellente stratégie qui lui a valu plusieurs rétributions par la suite.

Je n’ai aucune envie de jouer la rubrique nécrologique1, mais je veux bien l’opinion des lecteurs sur cette initiative, qui est restée de taille très modeste mais qui a apparemment fait des émules (je note par exemple qu’un candidat à l’élection présidentielle prévoit l’ouverture obligatoire des classes préparatoires aux lycées qui n’y envoient presque personne en temps normal).

Disclaimer : je donne des cours à Sciences Po.

  1. … et je serai intraitable avec les commentaires morbides ou juste inutilement méchants. []

Méthodes d’enquête : Fondapol vs. Fondamentaux

Très brièvement, je profite de cette vidéo affligeante qui pourrait s’intituler “devenir politologue en une leçon”, pour recommander cet ouvrage d’introduction à la méthodologie de l’enquête, autrement plus sérieux (via).

J’avais prévu un commentaire beaucoup plus cinglant sur la vidéo citée, mais je ne sais même pas par où commencer devant l’ampleur de la catastrophe. Il y a clairement des cours de méthodes (sinon plus) qui se perdent.

Disclaimer : les auteurs de l’ouvrage enseignent à l’Institut d’Études Politiques de Grenoble, où j’ai suivi ma propre formation auprès de plusieurs d’entre eux.

Intérêt(s)

Hier s’est tenue la séance de l’atelier d’épistémologie “Comment fait-on des sciences sociales” (CoFSS) consacrée à la notion d’intérêt dans les sciences sociales. J’avais suggéré ce thème aux organisateurs l’an dernier, notamment lors du séminaire organisé à Foljuif, et au cours duquel les participants avaient décidé de consacrer leur deuxième année d’activité au thème des “inobservables” en sciences sociales.

On définit comme “inobservable” l’ensemble des concepts qui appartiennent au raisonnement sociologique mais qui ne sont pas justiciables de l’observation empirique : par exemple, les acteurs sociaux expriment régulièrement des “dispositions” ou des “intérêts” sans qu’il soit matériellement possible d’isoler une disposition ou un intérêt dans la réalité. Le problème épistémologique qui se pose est en définitive celui de la référence à des phénomènes non tangibles dans une science empirique.

Pour faire le lien avec mes travaux et mes billets récents, le problème de connaissance que pose les inobservables est analogue aux problèmes qui se posent lorsque l’on tente d’analyser une économie morale ou de comprendre ce qui constitue, dans les faits, l’opinion publique—avec toutes les erreurs que cela peut induire. Ces notions correspondent à des faits stylisés, et leur définition conceptuelle est par conséquent cruciale pour la justesse de l’analyse.

La notion d’intérêt me paraissait justiciable d’une réflexion collective dans le cadre de cet atelier. Il est en effet trivial d’analyser un acteur social en disant qu’il se comporte “en fonction de son intérêt”. Le problème, c’est que cette analyse est elle-même une mystification, car elle renvoie à l’intérêt propre de manière normative : il est obligatoire, voire rationnel, voire juste, de se comporter “en fonction de son intérêt”.

Les deux exposés de la séance ont magistralement déconstruit ce problème, en se servant principalement d’Hirschman, Friedman, Bourdieu et Mauss. Je ne suis pas certain d’avoir suffisamment décanté pour en tirer des conclusions définitives sur l’intérêt de la notion d’intérêt (waouh), mais je suis à présent convaincu que ce problème n’a pas de solution dans la littérature scientifique que l’on manie habituellement. Même la sociologie analytique, qui a beaucoup réfléchi au problème de l’intérêt et des préférences, me semble poser autant de questions qu’elle n’apporte de réponses.

C’est pour cette raison que j’attends impatiemment de pouvoir bientôt lire Dean Mathiowetz sur ce thème : son récent ouvrage Appeals to Interest prolonge les travaux de Stephen Holmes et rouvre l’historiographie de l’intérêt là où Hirschman l’avait laissée, en remontant jusqu’à la Rome antique. Philippe Schmitter a également écrit sur ce thème, lui qui s’est fait connaître par des travaux sur l’agrégation des intérêts au sein des groupes sociaux très tôt dans sa carrière.

Je réalise que je bafouille, dans ce billet, comme hier en séminaire : je n’ai toujours pas les idées claires au sujet de l’intérêt, et encore moins des intérêts au pluriel, même si cette question me (pour)suit depuis un texte d’analyse des politiques publiques où l’un des pôles explicatifs est construit autour de cette notion. Mais j’ai bon espoir d’arriver à en tirer, un jour, quelque chose de concret.